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Le trou

Alors qu’on demande aux médecins des efforts face au déficit de la Sécurité Sociale, les mêmes creusent allègrement le trou.

Le décret 2015-1239 du 6 octobre s’applique au 1er janvier 2016 est un trou de plus dans le tonneau percé de la SS. Il permet aux retraités étrangers, disposant de faibles ressources d’effectuer des séjours longue durée dans leur pays d’origine, et ce même et surtout si ces séjours dépassent 6 mois.

En clair. Il y avait déjà l’ASPA, 800,80€/mois et 1243,24€ pour un couple, pour toute personne de plus de 65 ans (60 ans en cas d’inaptitude), y compris pour toute personne n’ayant jamais cotisé, à condition qu’il réside en France. A titre de comparaison, un agriculteur ayant travaillé plus de 40 ans, 12/H/jour et 365 jours/an touche en moyenne moins de 600€ de sa caisse. Voilà maintenant que suite à des accords avec les pays du Maghreb ce principe est étendu à ceux qui vivent à l’étranger.

Déjà l’Algérie aurait plus de retraités centenaires pensionnés à la CNAV que la France entière (faute de pouvoir contrôler les décès), gageons que ce nombre va encore fortement augmenter. La France a de l’argent, et elle est généreuse.

Je prends le pari que des petits malins vont créer des sociétés embauchant des étrangers de plus de 60 ans pour quelques mois. Une fois inscrits à la CNAV et leurs droits ouverts ils pourront alors rentrer chez eux et très bien vivre, malgré la commission prélevée par l’»employeur ».

Il faut quelques minutes à nos élus pour dépenser l’argent des autres, il leur faudra des années pour voir les effets de leur gabegie et quelques années de plus pour trouver des solutions pour réparer leurs bêtises. Sous couvert de « regroupements familiaux » fictifs, on a percé un trou de plus.

Désolé de revenir dessus, mais pour moi, égalité, fraternité, veulent dire à travail égal, salaire égal, à salaire égal, cotisation égale, à cotisation égale, retraite égale, et ce que l’on soit homme ou femme, que l’on soit élu, fonctionnaire, salarié ou indépendant, français ou étranger. Il ne me viendrait pas à l’idée si je vais passer ma retraite en Thailande, au Congo ou en Tunisie d’exiger de ces pays de me loger, me nourrir, me soigner gratuitement (car la CMU s’ajoute aux dispositions ci-dessus) et me verser une retraite, sous prétexte que je viens les poches vides.

Avoir du cœur, c’est bien. Avoir du cœur avec son portefeuille, c’est généreux et noble. Avoir du cœur (en ont-ils vraiment ?) avec le portefeuille des autres, c’est moins bien. Avoir du cœur avec le portefeuille des autres quand on l’a déjà vidé, c’est encore moins bien.

Gérard Maudrux

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Un commentaire

  1. Un grand bravo et merci pour avoir soulevé des problèmes complexes ou complexifiés à loisir…il reste que l’expansion du pouvoir technocratique obère toute réflexion morale et juste des élus, décideurs en dernier ressort dans l’opacité. Ces décisions mériteraient une QPC

  2. C’est la faute à nos antécédents coloniaux ! Il faut rendre à César ce qu’on a piqué à César ou à momo dit mohamed. C’est d’autant plus facile que nos ministres sont pour certains bi-nationaux. On ne travaille pas que pour la France !!!!

  3. Merci Docteur Maudrux ,heureusement qu’il y a encore des PERSONNALITES comme vous Qui nous permettent d’espérer que cela pourrait aller mieux

  4. Vous dites ” l’agriculteur âgé de plus de 65 ans dont la pension est inférieure à l’ASPA peut bénéficier de l’ASPA car c’est une aide différentielle accordée à toute personne de plus de 65 ans résidant au moins 6 mois par an en France” et c’est exact, mais combien le savent ?

    • Exact. Tout le monde a droit à ce complément pour atteindre l’ex “minimum vieillesse”, mais il y a ceux qui savent profiter au maximum de toutes les aides et les cumuler, et ceux qui ne savent pas, n’osent pas, on honte de faire appel à quelque part la charité publique. En général on trouve dans la seconde catégorie ceux qui travaillent le plus et se débrouillent seuls sans rien demander aux autres durant leur vie active. J’ose espérer que quand une caisse sociale donne des prestations inférieures à ce minimum (surtout pour les veuves), elles informent systématiquement de ces droits. Je me renseigne pour la Carmf, et suis quelque part un peu gêné de n’avoir pas vérifié avant, mais vu l’esprit qui règne dans les services, cela doit être fait.
      Exemple identique : la cotisation forfaitaire ASV exorbitante pour les bas revenus. La tutelle refusant depuis des années ma proposition de dispenses (4 tranches de 0 à 1P), j’ai mis en place une prise en charge par le fond d’action sociale. Le problème est qu’on ne peut le faire systématiquement pour tous, les aides ne pouvant être accordées que sur demande individuelle. On fait bien de l’info, mais certainement pas assez visible (cela va être refait dans le prochain bulletin), mais combien lisent ? Il y a ceux qui ne savent pas, et il y a ceux qui ont honte d’afficher leur situation. Ne pouvoir le faire automatiquement me désole, la non réponse de la tutelle pour un automatisme via un texte me révolte, l’indifférence des syndicats me choque. J’avais réussi à leur faire mettre cette disposition dans un courrier au ministre qu’ils ont signé le 5 juillet 2010, immédiatement renié dans les 2 mois suivants.

      • Pour l’exemple de l’agriculteur s’il est célibataire il n’y a pas de doute qu’il peut bénéficier du complément ASPA si ses retraites sont inférieures à l’ASPA. En revanche s’il est marié, sauf erreur de ma part, l’ASPA se détermine au niveau du foyer fiscal, avec un plafond de 1243,24€/mois pour le couple. Ceci peut expliquer le faible nombre de bénéficiaires.

  5. Première remarque, l’agriculteur âgé de plus de 65 ans dont la pension est inférieure à l’ASPA peut bénéficier de l’ASPA car c’est une aide différentielle accordée à toute personne de plus de 65 ans résidant au moins 6 mois par an en France. Je reconnais qu’il est indécent qu’une personne qui a travaillé toute sa vie n’ait, dans ce cas, pas plus que celui qui n’a jamais cotisé.

    Deuxième remarque, a priori, cette nouvelle aide ne peut pas se cumuler avec l’ASPA. Elle concerne des personnes seules dont le plafond de ressources annuelles pour l’ASPA est 800,80 x 12 = 9609,60 €. Or le plafond de ressources annuelles pour cette nouvelle aide est de 6600 €. Comme cette nouvelle aide est également différentielle, je suppose que nos élites ont pensé qu’en accordant cette aide, l’Etat économiserait 3009,60 € par an (9609,60 – 6600). Mais c’est une économie de bout de chandelle car celui qui vit en France consomme en France et participe à l’économie française alors que celui qui vit à l’étranger consomme à l’étranger.

    Hors fraude, cette aide devrait être éventuellement bénéfique pour la sécurité sociale mais peut-être pas pour l ‘économie française. Si mon raisonnement est erroné merci de signaler mes erreurs.

    D’une manière générale, je serais favorable que toute pension de retraite française versée à des résidents à l’étranger, qu’ils soient français ou étrangers, soit minorée car un résident à l’étranger ne participe plus à l’économie française – ne fait plus travailler les actifs français qui lui versent sa retraite. De plus, les exilés retraités vont dans des pays où le coût de la vie est inférieur. Je trouve que l’émigration des retraités français est, de ce point de vue, indécente.

    • Vos remarques sont justes, mais pour l’agriculteur, j’ai précisé que c’est ce qu’il touchait de sa caisse avec ses cotisations, l’ASPA complète effectivement. Par contre il vivra moins bien avec 800 en France, qu’un autre avec 660 au Maroc. De plus, s’il lui prend l’envie d’aller passer sa retraite en Tunisie, il n’a pas droit à cette prestation réservée aux étrangers.
      C’est surtout le principe qui me gêne : verser des minimas sociaux censés permettre de vivre avec notre niveau de vie, à des ressortissants étrangers, vivants à l’étranger. La maladie prend déjà 7 milliards d’individus en charge sans avoir cotisé sous prétexte qu’ils ont les 2 pieds sur notre sol, voilà que notre généreux système ouvre cette voie avec un premier pas dans les minimas sociaux.
      Je viens en France, je bosse quelques mois, je m’inscris à la CNAV, puis je rentre chez moi avec 2 fois le SMIG de mon pays et la CMU à vie. Moi je dis non.
      Pour nos ressortissants qui s’exilent à la retraite, ce sera l’objet d’un autre billet car je m’inquiète. Non pour le montant de leur retraite, qui est un droit proportionnel à ce qu’ils ont versé (sauf pour la fonction publique qui va toucher 60% de plus si elle va à Tahiti tout en ayant cotisé 3 fois moins qu’un salarié de base), mais c’est le nombre qui me trouble et le principe : on fait fuir nos ressortissants !

      • Sur le plan des principes je suis entièrement d’accord avec vous. On n’avait pas besoin de créer cette nouvelle aide même si elle se substitue à l’ASPA.
        C’est déjà bien beau que le système social français verse ses aides aux étrangers résidant en France. On n’avait pas besoin d’étendre nos aides aux étrangers résidant à l’étranger.
        De plus, comme vous le faites remarquer cette aide est discriminatoire puisqu’elle n’est accordée qu’aux étrangers. Alors que sur le sol français les aides sociales ne peuvent pas faire de discrimination entre français et étrangers, sur le sol étranger notre système social fait une discrimination au bénéfice des étrangers. Ce point me semble contestable auprès de la justice française voire européenne.
        De plus, il est vrai qu’avec 600 € au Maroc, en Algérie ou en Tunisie on vit mieux qu’avec 800 € en France.

        Sauf faux et usage de faux, il n’est pas possible de venir en France quelques mois pour cotiser et avoir des droits à la retraite pour bénéficier de cette aide car le décret précise qu’il faut justifier d’une résidence régulière et ininterrompue en France pendant 15 ans précédant la demande d’aide.

  6. Je soutiens complètement le docteur Maudrux. Nous sommes dans un pays où les habitants ou n’ont que des droits et pas de devoirs